Contre l’islamophobie, unissons-nous !

Qui peut prétendre être antiraciste sans prendre position ?
 
À chaque assassinat commis au nom d’une lecture fondamentaliste de l’Islam, les musulman-e-s de France sont invité-e-s à se positionner et à condamner les attentats. Impératif inadmissible pour nous et nous ne rentrerons pas dans ce jeu-là.  Cela ne fait qu’entretenir l’idée qu’une communauté musulmane silencieuse acquiesce car « qui ne dit mot consent ». Alors de partout déferle la vague de l’amalgame, et le/la musulman-e se voit parer des attributs du potentiel terroriste sanguinaire à défaut qu’il ou elle prouve le contraire.
 
Ainsi, nous assistons ces dernières semaines à une islamophobie décomplexée utilisée comme arme politique et médiatique par ceux et celles qui nous gouvernent. Hors de question pour nous de répondre à l’injonction, à l’unité nationale et de marcher avec cette islamophobie d’État. Il est temps de prendre position, de lier les actes aux paroles et de construire ensemble un front commun pour faire face au racisme d ‘État.

Des mots de l’extrême-droite à l’ennemi intérieur
 
Difficile de ne pas faire de parallèle, difficile de ne pas tomber dans la comparaison, difficile de ne pas regarder ce qu’il se passait il y a un siècle en arrière, et d’en conclure que la leçon n’est toujours pas apprise. L’emploi de l’expression « islamo gauchiste », qui nous rappelle l’expression « judéo bolchevique » ou « judéo marxiste » de l’antisémitisme du début du XXème siècle, par des ministres est un glissement sémantique notable. Jusque-là ces mots étaient du langage de la droite nationaliste, des populistes xénophobes aux néo-nazis purs et durs.
 
Pourtant le parallèle est bien réel entre ces expressions du passé antisémite de la France et un présent de plus en plus islamophobe. Le seul parallèle que nous ne puissions pas faire, et qui n’annonce rien de bon pour la suite, c’est qu’il y a un siècle, l’État français ne faisait pas voter des lois antisémites, alors qu’aujourd’hui avec le projet de lois contre le « séparatisme islamiste » , l’État s’apprête à constituer un arsenal législatif taillé sur mesure pour une communauté religieuse spécifique. Comme un bégaiement de l’Histoire, se construit à nouveau un ennemi intérieur.
 
Le glissement se fait également dans les médias et dans une partie de la gauche réformiste. Ces dernières années la mode médiatique est à la mise en avant d’acteurs et propagateurs du racisme. On voit les grands plateaux d’informations squattés par des personnages comme Éric Zemmour, Pascal Bruckner ou Alain Finkielkraut. Mieux encore, au lendemain de l’attentat dans une église de Nice, c’est Philippe Vardon (ancienne figure des identitaires) à qui on donnera la possibilité de s’exprimer sur France 3. La haine de l’autre a bonne presse, fait de l’audience et remplit le tiroir-caisse.
 
Quant à la gauche, celle qui se sent « Charlie », qui défend des convictions anticléricales poussiéreuses, disserte sur l’Islam tout en ne considérant pas l’islamophobie comme une réalité. Cette gauche-là ne fait que participer à la construction du racisme d’État. La fracture est bien présente et l’islamophobie n’est plus cloisonnée à une droite réactionnaire ou nationaliste, la frontière devient perméable avec une certaine gauche dans ce nouveau « front républicain ».  Ce fameux « front républicain » qu’on connaissait jusque-là pour faire barrage à l’extrême droite a semble-t-il maintenant quelques fuites et laisse se déverser la vague islamophobe.
 
Quand l’extrême droite triomphe face aux interventions du gouvernement, l’islamisme lui doit se ravir d’autant d’audience. Une chose est sûre, ces idéologies qui se disent ennemies sur le fond n’en sont pas moins alliées sur la forme.

Le hijab, épouvantail pour laïquard-e-s radicalisé-e-s

Octobre 2019. On se rappelle de l’agression verbale et de l’humiliation subit par cette mère de famille voilée alors qu’elle accompagnait un groupe d’enfants à la séance du conseil régional de Franche-Comté.

Mai 2020. Nous nous rappelons aussi de Maryam Pougetoux syndicaliste de l’UNEF invitée à intervenir à l’occasion d’une commission sur les jeunes et la crise sanitaire à l’assemblée nationale, où des député-e-s quittèrent la commission pour « ne pas subir dans ce temple de la démocratie, les dérives communautaristes »
 
Nous le voyons, la question du voile islamique reste l’étendard des laïquard-e-s de droite comme de gauche. Ce bout de tissu serait le symbole d’un « Islam conquérant », « politique » quand il n’est pas instrumentalisé, avec le féminisme, comme un symbole du système de domination patriarcale. 

La mode est donc à l’inquisition envers les femmes musulmanes portant le hijab car elles osent participer à une émission de télé-réalité, osent être influenceuses sur les réseaux sociaux, osent aller à la piscine ou à l’université, et qui veulent tout simplement vivre leur foi religieuse. Et pourtant, il est tout aussi condamnable d’interdire le port du hijab en France à des femmes qui désirent le porter, comme de contraindre des femmes à le faire dans des pays tels que l’Iran ou l‘Arabie Saoudite.

Le glaive brandi dans cette guerre, reste la notion de laïcité et la loi de 1905. Réinterprétée et distordue jusqu’au ridicule.  « La laïcité garantit la liberté de conscience. De celle-ci découle la liberté de manifester ses croyances ou convictions dans les limites du respect de l’ordre public. La laïcité implique la neutralité de l’État et impose l’égalité de tous et toutes devant la loi sans distinction de religion ou conviction. ». Ainsi la neutralité religieuse s’impose à l’État, ses administrations, ses services et ses fonctionnaires. Mais cette loi, comme le Coran ou les Hadiths pour d’autres, est interprétée par chacun comme cela arrange, en fonction du combat qui est mené. Pour les musulman-e-s, on dira que rien ne doit se voir : cachez cette barbe, cachez ce voile !
 
Combattre l’islamophobie pour combattre le terrorisme de Daesh
 
Dans la bataille des mots et le jeu des amalgames, la nouvelle obsession est d’assimiler les personnes qui luttent contre l’islamophobie à des alliés objectifs des djihadistes. Ni plus, ni moins. En effet, dans le chapitre que nous vivons, combattre l’islamophobie et le racisme d’État nous met dans la case « ennemis de la république ».  Mais de quelle république parle-t-on ? Est-ce vraiment un défaut d’être ennemi de cette république ? 
 
Une république qui ferme des mosquées en gage de punition, qui perquisitionne 200 musulman-e-s « pour envoyer un message aux autres » dixit le ministre de l’intérieur G. Darmanin, ou qui demande la dissolution d’associations luttant contre l’islamophobie comme le CCIF. Quel est le message envoyé par cette république ? 

En tant qu’antifascistes on se doit de lutter pour que les personnes soient libres de pratiquer leur religion sans être discriminées. Nous nous devons de lutter pour que personne ne soit discriminé en raison de sa religiosité supposée ou réelle.

Dès aujourd’hui soyons solidaires des initiatives antiracistes pour dénoncer l’islamophobie et le racisme d’État. Ne luttons pas seulement pour faire barrage à l’extrême droite mais surtout pour que ces idées ne se diffusent plus. Occupons l’espace afin de stopper ces dérives totalitaires et racistes. Ne laissons pas seul-e-s les musulman-e-s entre l’enclume des djihadistes et le marteau de l’islamophobie.

Dénonçons aussi les terroristes de Daesh. Dénonçons leurs alliés objectifs, par intérêt, connivence ou omission : les grands groupes comme Lafarge qui ont fait des affaires sans scrupules avec Daesh, les “états arabes” qui savent employer les djihadistes comme barbouzes quand cela les arrange ou encore l’État français et ses ventes d’armes à l’Arabie Saoudite.
 
Soutenons ici et là-bas celles et ceux qui luttent contre tous les fanatismes, soutenons les combattant-e-s antifascistes Kurdes en première ligne contre les fascistes de Daesh !
 
Violences policières, racisme institutionnel, discrimination à l’embauche, chasse aux sans-papiers, lois répressives, l’islamophobie est partout, nous devons être partout également !

Rejoignez les différentes organisations étudiantes et antiracistes afin de faire front contre l’islamophobie. 
Pour suivre la dynamique écrivez à interfacislamophobie@gmail.com 
 
Face au racisme d’État, autodéfense populaire !
 
La GALE

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