[Racisme, violences policières] Les camarades d’Athènes et de plusieurs convois solidaires avaient passé le mot

Retour sur les violences policières et racistes subies par des militants de La GALE en Grèce, appel à soutien.

Depuis l’élection du gouvernement de Mitsotakis,conservateur d’extrême-droite dangereusement lié à des groupuscules néo-nazis décomplexé et solidement implantés dans la police grecque, les choses ne sont plus les mêmes à Exárcheia.

S’éloigne le souvenir d’un temps où se balader dans les rues de ce quartier s’assimilait à un moment ressourçant, culturellement riche pour les militants du monde qui y faisaient escale. Souvenir d’un temps où la “No Cop Zone” permettait de sortir dans la rue sans crainte d’être contrôlé par une police dégénérée.

Exárcheia ? C’est un quartier populaire au coeur d’Athènes, fief de la pensée anarchiste, antifasciste et de la résistance anti-étatique. Suite à la crise économique qui a ravagé le pays, le quartier s’est transformé en lieu d’autogestion et d’initiative citoyenne solidaire pour lutter contre la misère qui touche la population et la politique austère du gouvernement grec. Y sont implantés divers groupes de gauche et anarchistes dont les modes d’actions ont, pendant plusieurs années, permis de mettre en échec la machine répressive, la gentrification et l’implantation d’un modèle capitaliste.

Des militants de la GALE (Groupe Antifasciste Lyon & Environs) de passage à Athènes, ont fait la triste expérience d’une vengeance d’état et d’un racisme décomplexé qui se développe au fil des mois. Voici leur retour :

Après une après-midi à la plage, nous rentrons à Exárcheia où nous logions durant notre séjour. Arrivés au pied de notre lieu d’hébergement, nous croisons une brigade motorisée intimidante, entièrement vêtue de noir, cagoulée, surarmée et visiblement souvent présente dans le quartier. Cette brigade nommée Drasi (Action) a vu le jour sous le gouvernement d’extrême-droite à son arrivée en 2019, avec pour seule mission “d’en finir avec Exárcheia” (promesse de campagne de Mitsotakis).

Contrôlés à 20h15, sur la base d’un maillot de foot qui visiblement leur a déplu (AEK) et d’un regard insistant, une dizaine de ces miliciens descendent de leurs scooters pour nous tomber… dessus d’un pas décidé.

Ironiquement accoutumés aux contrôles “de routine” à la française, nous prenons cela à la rigolade. Les premiers échanges nous ont immédiatement fais sentir que rien ne se passerait comme d’habitude.

Avant même la fouille, nous sommes violemment plaqués contre le mur. La découverte de quelques stickers antifascistes sur 2 des 3 camarades, décuple l’agressivité de ces mercenaires. Aussitôt, celui qui n’avait rien sur lui est chassé de la ruelle, empêché d’observer la scène de loin.

Pour les autres, le contrôle continue, la brigade découvre un couteau suisse sur l’un d’eux. La découverte de cette “arme de guerre” sera immédiatement utilisée comme prétexte au déclenchement de l’interpellation musclée des 2 camarades. Menottés, tête maintenue au sol, dans le véhicule débute une salve d’insultes racistes, les premiers coups sont portés, il est alors 20h30.

Arrivés au commissariat d’Exárcheia, situé en bordure du quartier à l’Est, nous sommes de nouveau plaqués, tantôt au mur tantôt au sol, les insultes racistes relatives à nos origines se confondent avec les rires des hyènes qui regardaient.

Nos regards sont maintenant au sol, maintenus par des gros bras, qui menaçaient de nous frapper à nouveau lorsque nous nous cherchions du regard.

Têtes contre le mur, ils nous murmurent à l’oreille “Hate Antifa… you’re Algeria and we’re racist…”, ainsi que de nombreuses autres menaces qui se concrétiseront plus tard dans la soirée.

A ce moment là, mon camarade passe avant moi dans une cellule complètement noire, j’entends les coups qui lui sont portés pendant qu’un flic me “caresse” l’épaule, m’annonçant que ça allait bientôt être mon tour. Mon frère de lutte ressort de la cellule après de longues minutes, le regard toujours maintenu au sol escorté par les 5 flics qui l’avaient accompagné en cellule.

Alors que mon camarade est libéré faute d’éléments pour le maintenir en garde à vue, je suis à mon tour attrapé et jeté en cellule. Il fait noir, une torche m’éblouit, des coups s’abattent sur moi sans que je ne puisse voir quoi que ce soit, puis plus rien. A ce moment, je suis au sol, la torche s’éteint et je distingue une silhouette qui s’approche et me murmure d’un ton rieur : ” Welcome to Greece ! ” avant de me forcer à me déshabiller entièrement.

D’abord traîné au sol, les mercenaires montent sur moi et s’essuient les pieds à tour de rôle, des écritures sont ensuites écrites sur mon corps à l’aide d’un marqueur indélébile. Un gradé rentre ensuite dans la cellule et somme ses chiens d’effacer les inscriptions à l’aide de gel hydroalcoolique.

Ces humiliations continueront tout au long de la nuit, il nous est impossible de retranscrire dans ce texte l’ensemble des traitements déshumanisants auxquels nous avons eu droit.

Le lendemain, passage devant le juge en comparution immédiate. Je suis soulagé de voir mes deux camarades présents, qui ont pu m’apporter l’eau et la nourriture auxquelles je n’ai pas eu droit en cellule. Ils sont également accompagnés d’une avocate déterminée à me sortir de là, qui nous a été conseillée par des camarades de Rouvikonas. L’audience sera finalement reportée au lendemain, faute de traducteur.

Me voilà de nouveau transféré au commissariat d’Exárcheia, cette fois-ci dans un sous-sol, toujours sans lumière ni fenêtre. La chaleur est étouffante, les murs sont couverts de sang et de moisissure. Avec moi, dans cette pièce de la taille d’un studio, sont enfermés une quinzaine de personnes, tous racisés sans exception, et tous réfugiés. La plupart ayant commis le seul crime d’avoir fuit la misère et la guerre de leur pays d’origine. Certains me confieront être là depuis plus de 7 mois, survivant au jour le jour sans aucune perspective de sortie.

Si j’en suis sorti, je me sens encore aujourd’hui déchiré d’avoir laissé dans cet enfer des humains au coeur infiniment plus grand que celui de leurs bourreaux. Ce témoignage et le récit de cette mésaventure n’est en aucun cas une victimisation de notre part, mais a pour fonction de marquer les esprits en rappelant que le fascisme n’est pas un fantasme, que l’antifascisme et les luttes libertaires et autonomes en réponse à la violence d’état ne relèvent pas d’un jeu, mais bien d’une menace réelle et proche.

Non, nous n’en attendions pas moins d’une milice gangrenée par le racisme et la violence institutionnelle promue par un gouvernement fasciste.

Exàrcheia, c’est ce quartier populaire avec une impulsion et une influence sur le monde de par l’engagement de ses habitant-e-s dans les luttes qui y sont défendues. Aujourd’hui menacé-e-s par le gouvernement, les habitant-e-s, les groupes anarchistes et antifascistes qui y sont implantés, sont, comme par le passé, prêts à défendre ce qu’ils ont construit de manière autonome, par eux, pour eux.

Non, le fait que ces milices puissent venir orchestrer leurs violences en toute impunité ne doit jamais devenir coutume !

Pour ces raisons, de Lyon à Athènes, nous réaffirmons l’importance d’une autodéfense populaire structurée face aux attaques de ces milices fascistes, qu’elles soient étatiques, idéologiques, institutionnalisées ou construites par des groupuscules.

Une immense pensée va d’abord à celles et ceux qui vivent ces violences au quotidien, pour leur statut de réfugié, de militant et qui contrairement à nous n’ont pas la chance de s’en sortir…

Infiniment reconnaissants, nous tenions à remercier nos camarades d’Athènes qui se sont donnés corps et âmes pour nous soutenir dans cette injustice et nous en sortir, en particulier nos camarades du groupe Rouvikonas et du collectif solidaire Anepos.

Eux, vivent cette pression menaçante et cette violence depuis longtemps sans jamais ni se décourager, ni renoncer.

ACAB, From France With hate

La GALE

PS: Suite à cette répression notre camarade n’a été condamné à rien mais a du payer les frais de justice qui s’élèvent à 750 euros. Nous avons ouvert un pot commun pour vous demander votre soutien financier suite à cette repression et ces violences. Merci d’avance de votre soutien.

Lien vers le pot commun:www.lepotcommun.fr/pot/nfbz82b1

Photo de @maudyoulountas représentant un graffiti dans Exarcheia, on peut voir la brigade DRASI avec le slogan “le virus bleu ” les affiches en dessous à gauche: ” lutter contre l’impérialisme et le fascisme n’est pas un crime “, à droite ” solidarité avec la résistance palestinienne ”

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